Fictions identitaires

Du 4 au 6 février 2011

Vendredi 4 février
18h15 : Close-up, film d’Abbas Kiarostami (Iran, 1990, 90’)
21h00 : Profession : Reporter, film de Michelangelo Antonioni (Italie-Etats-Unis, 1974, 124’)

Samedi 5 février
14h00 : Le Monde sur le fil, film de R.W. Fassbinder (Allemagne, 1973, 204’)
17h30 : Conférence Les univers virtuels par Jean-Marc Génuite, critique de cinéma
21h00 : Fight Club, film de David Fincher (Etats-Unis, 1999, 135’)

Dimanche 6 février
14h15 : Avalon, film de Mamoru Oshii (Japon, 2001, 106’)
16h00 : Conférence Le corps et ses utopies par Jean-Marc Génuite, critique de cinéma

Conférences
Les « univers virtuels »

En ce début de 21ème siècle, alors que la philosophie du Web 2.0 s’est largement imposée parmi les internautes, le concept de « réalité virtuelle », que Neal Stephenson avait renommé « métavers » dans un roman cyberpunk intitulé Le samouraï virtuel (1992), a gagné en « présence », en pouvoir d’incarnation ...

Le corps et ses utopies
Mirage, reflet, avatar, ombre projetée, figure du double, spectre, hologramme, représentent autant de présences fictives et de « règnes » esthétiques à travers lesquels le cinéma imagine et interprète le territoire du corps et de ses Ailleurs ...

Edito
« Le cinéma nous impose l’inquiétude de son propre mouvement » F.Kafka
Réalisées par des auteurs issus d’horizons culturels extrêmement variés, les oeuvres projetées tout au long du week-end offrent des visions du monde « travaillées » par la problématique des frontières et laissent entrevoir les rapports complexes qu’entretient l’espèce humaine avec le domaine « des simulacres et de la simulation » (J.Baudrillard). Portées par des projets esthétiques insolites et très différents, les réalisations proposées tentent d’épouser les plis et les replis des fictions identitaires qu’elles dévoilent et de s’accorder à la conscience troublée d’un être qui s’enfonce dans « le labyrinthe de ses propres représentations » (M.Foucault). Des mondes virtuels peuplés d’avatars et autres « unités identitaires » (Avalon, Le monde sur le fil) à l’aventure cauchemardesque d’un personnage atteint d’un dédoublement de la personnalité (Fight Club) en passant par le désir de se « produire » comme autre à travers une usurpation d’identité (Profession Reporter, Close-up), les films empruntent des lignes de fuite qui entraînent leur protagoniste aux confins du théâtre de l’Identité. Au risque de traverser « l’écran du fantasme » (S.Daney) certains de ces personnages s’aventurent au coeur de régions indéfinies où se trament des expériences limites et s’abolissent les frontières qui les séparent de leur propre projection fantasmatique, de leur alter ego virtuel voire de leur objet de désir fétichisé. Ils apparaissent alors comme saisis dans un entre-deux identitaire, captifs de quelques Interzones de l’expérience identitaire qui s’imposent comme autant d’Utopies, de lieux de nulle part, où se jouent des devenirs révolutionnaires, se déploient des forces transgressives et s’interprètent de multiples fictions de soi. L’identité y demeure appréhendée comme un territoire de créations, un espace aux contours profondément plastiques et erratiques où les protagonistes peuvent se vivre et se réaliser à travers les aventures de leur double (avatar, incarnation schizophrène) ou s’inventer grâce aux représentations qu’ils imaginent d’eux-mêmes.

En mettant en scène « ce désir nommé utopie » (F.Jameson) dont l’incarnation bouscule l’establishment social, culturel et moral, les réalisations du corpus ouvrent tout autant sur la scène privée de l’inconscient que sur le théâtre d’une conscience politique et Historique. Elles convoquent un imaginaire des frontières sociales et anthropologiques qui interroge la dimension ontologique de l’espèce humaine, la construction culturelle de l’ordre social et le statut singulier de l’individu lorsqu’il tente de s’imposer comme l’origine de son propre devenir.