Comme un pixel... sur la soupe pop rock acidulée

Denis Walgenwitz et Nathalie Pat se rencontrent en 1989 à l'Institut d'Arts Visuels d'Orléans où ils font leurs études en cinéma. Denis va embarquer Nathalie dans l'aventure du cinéma d'animation. Comme un pixel sur la soupe, leur comédie musicale acidulée, est leur deuxième co-réalisation.

Ils réalisent ensemble un premier film entièrement financé avec le concours du Défi Jeunes Trois petits cochons dans l'espace en 1993. Cette fable écologique est un premier succès encourageant pour les deux jeunes réalisateurs. Ils s'attèlent donc très vite à un film plus ambitieux. Ce sera Comme un pixel sur la soupe, premier film d'animation soutenu par l'APCVL (ancêtre de Ciclic) et par la Région Centre-Val de Loire, et qui donnera l'idée de la résidence d'animation. Produit par Le Village (plutôt orienté vers le clip ou les films de commande), ce film sera l'occasion pour eux de rencontrer le compositeur Etienne Charry, qui suivra Denis dans ses réalisations futures.

Comme un pixel sur la soupe évoque avec férocité et humour les difficiles relations qu'entretiennent les membres de la famille Cocotte Minute. Le père se fait une joie de ramener pour ses rejetons le dernier jeu à la mode, le Super Market Boy. Mais il préfère leur cacher afin de pouvoir voir les infos à la télé tranquillement. Evidemment la tension monte, les soupapes sifflent et les enfants sont très contrariés de ne pas avoir leur cadeau tant attendu. Pendant la nuit, ils arrivent, avec l'aide du chat, à chipper la console et à jouer. Mais ils sont aspirés par l'écran et deviennent prisonnier de la télé.

Reprenant une esthétique vieillote et décalée, savant mélange inspiré des sixties et des zones pavillonnaires les plus déprimantes, Comme un pixel sur la soupe, égratigne avec joie notre société. Le film, qui a maintenant plus de vingt ans, préfigure l'omniprésence des écrans dans notre vie (télévision, jeu vidéo, téléphonie), la surabondance de communication et la surconsommation, en partie responsables de notre difficulté à vivre ensemble, à tisser des liens, à communiquer entre nous simplement et à observer le monde qui nous entoure. L'humour est primordial et empêche toute sentence trop définitive et péremptoire contre cette famille maladroite mais attachante.

Les réalisateurs Denis Walgenwitz et Nathalie Pat optent pour la comédie musicale pour raconter leur histoire. On sent l'influence d'un Jacques Demy dans le travail des dialogues qui deviennent chansons, mais qui aurait été revitalisé et rafraîchi par une bonne dose de pop rock acidulée. Tout le travail d'Etienne Charry, le compositeur se retrouve parfaitement dans le film : ça pulse, c'est drôle, c'est bizarre et réjouissant.