Au bord de la route

Connu pour ses nombreux documentaires en Afrique, Jérémie Reichenbach change de continent avec son documentaire Quand passe le train qui nous amène dans le village La Patronna au Mexique pour suivre la vie d’une dizaine de femmes décidées à aider les migrants au cours de leur voyage vers les Etats-Unis. 

Quand passe le train se déroule dans la région de Veracruz au Mexique. On découvre un groupe de femmes qui aident les migrants d'Amérique centrale en leur préparant des paquets de nourriture. Ils tentent de traverser le Mexique sur les toits de wagons pour arriver clandestinement aux États-Unis. En mettant en lumière une action singulière initiée par les femmes de La Patronna, le film traite d’un fait de société important, la migration de l’Amérique centrale vers les Etats Unis. Un sujet récurrent dans les documentaires du réalisateur. Si en France les questions autour de la migration sont souvent réduites au débat sur le problème d’intégration et de sécurité, Jérémie Reichenbach entretient un lien plus étroit avec cette thématique.

En filmant Bernada et ses compagnes, il signe un film sans fioritures, nous amenant à suivre le quotidien de ce groupe de femmes rythmé par les passages du train. Il filme caméra à l'épaule, avec une proximité certaine, et interroge ces femmes de tous âges sur leur engagement et leur volonté d'aider des inconnus. Pas de voix-off ni de commentaire : l'énergie du film repose sur les paroles de ces femmes. Dans sa note d'intention, le réalisateur précise qu'il lui "a semblé capital, en ces temps où l'individualisme et le pouvoir de l'argent font force de loi, de faire connaître cette expérience."

Ici, le train est à la fois le lien entre les migrants et les villageoises, et l’élément fondateur du récit. A son sifflement, l’espace-temps bascule totalement et donne aux séquences une intensité époustouflante reposant sur l’action du don d’eau et de nourriture « à la volée » et des uniques moments de rencontres entre les voyageurs et le groupe de femmes. 

Le film est un témoignage qui nous amène à nous questionner sur les conditions de voyage des personnes qui cherchent à passer la frontière des Etats-Unis,et sur les raisons de leur départ. Mais c’est également la source des motivations de ce groupe de femmes qui nous interroge, leur degré d’empathie. C’est là qu’apparait la ligne fragile entre les migrants et le groupe de femmes de La Patrona : quelle est la frontière qui les sépare ?

« A travers l'histoire particulière de ces femmes, c'est de notre rapport à l'étranger et plus généralement à l'altérité dont il est question. »  Jérémie Reichenbach