"Armand, New York" de Blaise Harrison

En 2011, le cinéaste Blaise Harrison filmait une première fois Armand dans Armand, 15 ans l'été, touchant documentaire qui sous ses airs de chronique estivale, faisait le portrait de la relation naissante entre un réalisateur et son sujet.  Cinq ans plus tard, Armand New York les réunit une nouvelle fois.

Le dernier plan d'Armand New York, d'apparence anecdotique car situé après le générique de fin, révèle au grand jour la relation privilégiée entre Blaise Harrison et Armand, son personnage. On voit ainsi ce dernier prendre la pose à New York devant la sklyline de Manhattan : Armand est à New York, comme le figure sans équivoque le titre du film. Puis, après quelques secondes,  Blaise Harisson (dont il faut préciser qu'il filme ici Armand sans équipe de tournage) entre dans le champ pour rejoindre le protagoniste de l'histoire, qu'on imagine alors être un peu plus que cela. La pellicule Super 8 enregistre pendant une vingtaine de secondes les silhouettes de ces deux compères, en scellant ainsi le destin d'un film où il n'était peut-être pas uniquement question d'Armand, mais bien de sa relation avec Blaise Harrison. 

Qu'un cinéaste s'attache de la sorte à un sujet, la chose n'est pas rare. Bien des réalisateurs ont fait acte de compagnonnage avec un acteur ou une actrice en particulier. Ce qui se joue entre Blaise Harrison et Armand est toutefois différent : Armand n'est pas un acteur professionnel, et le travail du cinéaste est documentaire. La relation entre les deux en est d'autant plus forte, car c'est dans l'intimité des sentiments d'Armand que se déploie le matériau des films de Blaise Harrison. 

Si Armand New York est à ce point touchant, c'est qu'il révèle cette relation intime entre deux êtres qui s'appuient l'un sur l'autre pour exister et avancer professionnellement. Le plan final le rappele bien : Armand existe grâce à Blaise, et inversement. 

 

Le regard de Luciano Barisone, directeur du festival Visions du réel de Nyon (Suisse) : 
"Les films de Blaise Harrison ont une âme. Derrière le beau travail de ce cinéaste, il y a une réalité qu'il décompose et recompose en suivant un chemin, un rythme intérieur : ce qu'on appelle une vision, une idée du monde. On capte aussi – chose fondamentale pour faire du cinéma – un amour pour les personnes filmées, pour leurs peines et joies, pour leurs espoirs et déceptions. En 2010, Armand était le protagoniste du film, Armand, 15 ans, l'été. Aujourd'hui, le jeune homme a 20 ans, il visite New York et exprime face à la caméra son désir d'émancipation. Le sentiment de liberté et la découverte des possibilités que la ville américaine lui offre l'enivrent. Mais déjà la mélancolie du temps vécu habite son esprit. Blaise Harrison dit : « Il nous laisse entrevoir l'homme qu'il est peut-être en train de devenir ». Armand, New York est le troisième volet d'une trilogie (le deuxième, Armand 19 ans, faisait partie de la collection Traces du futur, éditée par Visions du Réel en 2014), qui pour- rait faire de son personnage un nouvel Antoine Doinel, en documentaire."