1 - Les tendances de l’année 2020

Un document d’observation et d’analyse rédigé à partir de la liste des 2513 aides accordées en 2020 par l'ensemble des collectivités territoriales, soit 32 collectivités en tout (17 Régions, 10 Départements, 1 Euro-métropole (Strasbourg), 1 Métropole (Aix-Marseille-Provence / Conseil de territoire Pays de Martigues), 2 Villes (Toulouse et Paris) et la structure privée Auvergne-Rhône-Alpes Cinéma).


2020 : une année définitivement à part

 

L’étude menée depuis plusieurs années des soutiens des collectivités territoriales au cinéma et à l’audiovisuel met en lumière les évolutions – souvent conjoncturelles, parfois structurelles – des financements sur un genre plutôt qu’un autre, une étape plutôt qu’une autre. 2020 est définitivement une année à part.

Marquée par la crise sanitaire et ses conséquences sur les tournages notamment, l’année 2020 souligne en premier lieu la volonté forte et unanime de la part des collectivités, à tous les échelons, de maintenir leur soutien financier à la filière. En témoignent les aides exceptionnelles versées tout au long de l’année que vous pourrez découvrir plus en détails ci-dessous. Mais au-delà de ce « coup de pouce » conjoncturel, il faut mettre en exergue des investissements au plus haut et une stratégie quasi collective visant à panacher les soutiens. Autrement dit : donner moins mais à plus de projets. Une évolution à rebours des années précédentes qui s’explique de façon évidente. Reste à déterminer la position qu’adopteront les collectivités – régions en tête – pour l’année 2021 alors que la crise sanitaire est loin d’être terminée. Nul doute que l’étude menée dans 12 mois sera riche d’instructions.

COVID-19 : 3,13 M€ de soutien des collectivités

Face à la crise sanitaire en lien avec la pandémie de Covid-19, plusieurs collectivités territoriales se sont mobilisées pour soutenir la filière cinématographique et audiovisuelle, soit aux entreprises soit directement à des projets.

Au total, 9 collectivités (8 Régions plus la Ville de Paris) ont attribué 196 aides en 2020 pour un montant total de 3,13 M€. Ces aides se répartissent entre 119 aides aux entreprises (pour un total de 1,85 M€) et 77 aides aux projets (1,28 M€).

Les Régions ayant contribué à ces mesures exceptionnelles sont Auvergne-Rhône-Alpes (via le Conseil Régional ou Auvergne-Rhône-Alpes Cinéma), Centre-Val de Loire, Grand-Est, La Réunion, Normandie (via Normandie Images ou le Conseil Régional), Occitanie, Pays de La Loire et Provence-Alpes-Côte d’Azur. A ces collectivités s’ajoute la Ville de Paris.

Avec 67 aides (aux entreprises) pour un montant total de plus de 1,2 M€, Auvergne-Rhône-Alpes est la collectivité la plus impliquée : 67 aides aux entreprises et 6 aides aux projets.

Suivent : Provence-Alpes-Côte d’Azur (34 aides, 536 K€), Grand-Est (20 aides, 520 K€), La Réunion (18 aides, 358 K€), Normandie (18 aides, 182 K€), Centre-Val de Loire (9 aides, 111 K€), Pays  de La Loire (15 aides, 100 K€), Paris (8 aides, 100 K€) et Occitanie (1 aide, 6 K€).

On note une grande diversité des dispositifs et des aides alloués, en fonction des territoires. Les dispositifs recouvrent soit des aides aux projets dans le cadre d’un dispositif exceptionnel COVID, soit des aides exceptionnelles dans le cadre d’un dispositif préexistant. La poursuite de la crise sanitaire en 2021 laisse présumer que le caractère exceptionnel de ces aides va tendre à se transformer et intégrer un cadre plus pérenne de soutien, avec peut-être, un élargissement des collectivités impliquées.

91,6M€ : des investissements records, un soutien sans faille en pleine crise

L’année précédente, nous écrivions qu’un plafond de verre pouvait être atteint dans le soutien général ainsi que pour certains genres. Et plusieurs records étaient tombés. 2020, année singulière s’il en est, ne déroge pas.

Avec 91,6 M€, les investissements des collectivités territoriales augmentent de 10,3% et pour un nombre de projets soutenus en croissance encore plus soutenue : 2513 aides soit une hausse de 18,26% !

Entre 2015 et 2020, les crédits ont grimpé de 50,4% et le nombre d’aides de près de 57%, soit 6 années de hausse continue.

En quelques années, les soutiens attribués dans le cadre des COM ont largement augmenté pour frôler les 3 M€ d’investissement en hausse de 47,4%, avec un accent porté sur l’écriture et le développement ; un signal fort envoyé aux porteurs de projets.

Avec 85,7 M€ et 2301 aides, les Régions contribuent fortement au soutien de la filière, en augmentation de 11,2% des crédits et 20,3 % des aides.

L’échelon départemental, quant à lui, poursuit sa lente décrue, malgré un nombre de collectivités stable entre 2019 et 2020. Les crédits, eux, baissent de 5,4% (à 3,95 M€), les aides de 7,5%.

Après une forte année d’augmentation, les Villes ont apporté un soutien en moindre croissance mais de +8,2% tout de même pour atteindre 1,9 M€.

Un constat à relativiser, 2020 ne nous ayant pas permis d’intégrer les Alpes-Maritimes et la ville de Nice dans notre étude, faute de commission.

21 collectivités en hausse de crédits

On l’a dit, les collectivités ont joué « collectif » et solidaires cette année avec une augmentation quasi générale des crédits. Sur 2020, 21 collectivités ont accru leurs investissements et si les Régions se taillent la part du lion, plusieurs départements ont su faire un effort remarquable ainsi que les Villes de Paris, Toulouse, auxquelles s’ajoute la métropole Aix-Marseille Provence / Conseil de Territoire du Pays de Martigues. A ces 21 collectivités ayant un soutien en croissance, il faut ajouter 5 autres dont les budgets sont stables ou aux évolutions comprises entre -1 et +1% : 2 Régions (Grand Est et Normandie), 2 départements (Drôme et Charente) ainsi que l’euro-métropole de Strasbourg.

La progression la plus forte est à mettre à l’actif de la Martinique (+138,1%) suivie par la Guyane (+94,4%). A noter l’augmentation de plus de 42% des fonds attribués par la région Pays de La Loire.

Seul bémol dans cet ensemble : les collectivités en baisse en 2020 sont 4 départements dont 3 font partie de la Région Nouvelle-Aquitaine, collectivité elle-même en faible recul (-2,8%). De fait, la région qui est la seule collectivité à jouer pleinement la carte de l’infra-régionalité perd 233 910 € en un an… mais demeure tout de même, tous échelons confondus à un fonds de 11,08 M€. 

Cinéma versus Audiovisuel : + de 10M€ supplémentaires pour le petit écran

C’est l’un des points marquants de cette étude 2020 : le rebond très net de l’intérêt pour l’audiovisuel dans les aides des collectivités territoriales.

En passant de 34,9 à 44,3 M€ entre 2019 et 2020, ce sont près de 10 M€ qui ont été fléchés vers l’audiovisuel pour représenter 48,36% du montant total (42% en 2019). Et le phénomène de vases communicants n’est même pas de mise puisque le cinéma perd moins de 1 M€, passant de 48,1 à 47,3 M€.

D’un point de vue plus structurel, 2020 semble marquer un retour à l’équilibre entre les deux secteurs après trois années de progression au profit du cinéma. En effet, le ratio en 2019 était de 57,9% pour le cinéma contre 42% pour l’audiovisuel ; en un an, le rééquilibrage semble opérer de nouveau avec 51,6% contre 48,4%.

Il est intéressant de noter que le nombre des aides s’envole également côté audiovisuel : +297 aides tandis que le nombre d’aides au cinéma ne progresse « que » de 91 (971 au total).



Ecriture et développement ont le vent en poupe

Le nombre d’aides accordées à l’étape de l’écriture et du développement s’envole en 2020, passant de 719 à 1065 (+48%), réparties entre 598 pour le développement et 467 pour l’écriture pour un montant total de 11,7 M€.

Outre les aides, ce bond de près de 70% des crédits correspond à 12,78% des crédits totaux alors qu’ils ne représentaient que 8,3% en 2019.

Le cinéma comme l’audiovisuel bénéficient de cette envolée mais dans des proportions différentes : de 3,1 M€ à 3,9 M€ pour le cinéma (+26%), de 3,8 à 7,8 M€ pour l’audiovisuel. Il s’agit d’une augmentation record de 105,5% (!) en un an, à remettre en perspective avec la croissance de 6% seulement en 2019.

Et sur ce dernier élément, il faut préciser que les COM prennent une part – certes encore modeste – mais de plus en plus importante avec 93 400 € de crédits, en croissance de 74,2%. Plusieurs pistes de réflexion peuvent éclairer cette hausse spectaculaire dont l’une est de favoriser l’émergence de nouveaux talents dans tous les secteurs de la filière et de capitaliser sur des œuvres qui seront mises en production lorsque le contexte sanitaire sera plus propice aux tournages.

Long métrage : l'amorce d'une baisse

38,5 M€ (539 aides) ont été alloués au long métrage en 2020, soit une baisse de 1,84% après une année 2019 exceptionnelle pour atteindre 81,4% des crédits cinéma totaux. C’est évidemment le long métrage de fiction qui s’arroge la part du lion avec 30,8 M€ (65,1% des crédits cinéma), suivi par l’animation (4,7 M€) et le documentaire (3 M€).

En termes de progression, le long métrage de fiction recule de 5% les crédits alloués tandis que le documentaire de cinéma demeure stable (+0,8%). La production de longs métrages d’animation nécessitant des temps de production longs, les variations d’une année sur l’autre ne sont guère révélatrices d’un changement d’orientation de la part des collectivités. Aussi, peut-on dire qu’en 2020, les crédits sont de nouveau en hausse (de 23,5%) après deux années de baisse consécutive (précédées en 2017 d’un bond de 50%).

Il est intéressant de noter que les variations 2019/2020, au niveau des crédits sont souvent fortes avec des baisses de la part de régions connues pour leur forte implication : Nouvelle-Aquitaine (-18,5%), Hauts-de-France (-18,1%), Bourgogne Franche-Comté (-35,6%).

14,6M€ : le documentaire, (nouvelle) valeur refuge ?

Les crédits portés par les collectivités territoriales à destination du documentaire poursuivent leur hausse pour la cinquième année consécutive. Notre analyse 2019 avait salué l’engagement des collectivités sur ce genre avec une croissance de 13,1% pour atteindre le niveau record d’engagement : 13,28 M€. 2020 voit le documentaire audiovisuel renforcé avec une nouvelle hausse de 10,3 % pour atteindre 14,6 M€ !

Après une année marquée par des investissements COM en net repli, 2020 voit ceux-ci croitre de 72,5% pour dépasser les 1,8 M€.

+52% des crédits : l'animation reprend des couleurs 

Nous avions pointé le net repli des crédits alloués en 2019 à l’animation (-22,5%) avec 1,66 M€ de moins pour atteindre 5,73 M€. En un an, l’animation a repris des couleurs et affiche un investissement record de 8,7 M€ en hausse de 52,5%.

En allant plus avant dans le détail, il ressort que la série reste largement devant avec 8,23 M€ en hausse de 55% tandis que l’unitaire progresse de « seulement » 13,6% pour 481 867 € de crédits.

Difficile de parler d’une tendance haussière pérenne ou d’une simple opportunité de production mais certaines collectivités font montre d’un très fort engagement cette année : Hauts-de-France (+272,7% et 1,64 M€), Ile-de-France (+327,8% et 770 000 €), Bretagne (+129,5% et 337 000 €) ou encore Occitanie (+208% à 225 000 €). La Charente poursuit sa mission de soutenir l’animation année après année et 2020 le souligne une nouvelle fois avec des crédits en hausse de 31,3% pour 1,64 M€… au même niveau que bon nombre de régions.

13,15M€ : la fiction renoue avec la hausse des crédits 

Après deux années de baisse consécutive, les crédits accordés à la fiction TV repartent à la hausse et de façon significative : +15,9% pour un montant de 13,15 M€ soit son plus haut niveau depuis le début de notre étude.

Si les COM avaient boosté leurs investissements sur la fiction en 2019 (+124%), force est de constater que cette année marque un retour en arrière majeur : -42,2%.

Avec 2,75 M€ de crédits, la fiction unitaire recule largement de près de 30%, renouant avec son niveau de 2016. A contrario, la série, après deux années baissières, enregistre une hausse de 39,5% de crédits pour dépasser les 10 M€ un niveau record.

En guise de conclusion : panacher pour mieux sauvegarder

Comme nous l’évoquions dans notre introduction, 2020 marquera une étape dans l’évolution des soutiens des collectivités territoriales au cinéma et à l’audiovisuel et il se peut fort que 2021 lui soit similaire.

L’étude met en lumière la volonté manifeste de soutenir les filières par un accroissement de crédits et une augmentation des aides fournies. Cet effort louable ne doit pas masquer une réalité mathématique : si la hausse des crédits n’est pas en correspondance avec celle du nombre d’aides, cela entraîne immanquablement une baisse de la moyenne des soutiens.

En 2020, tous genres et secteurs confondus, cette moyenne s’élève à 36 459 €, en baisse de 6,7%. Sur le cinéma, la baisse est de 10,9 %, en hausse de 2,45 % pour l’audiovisuel.

En poussant le niveau de détail un peu plus, on se rend compte que l’audiovisuel voit la moyenne des montants en augmentation quasi générale : +18,3% sur la fiction, +44,1% sur l’animation, stable sur le documentaire.

Par contre, la moyenne des montants pour le long métrage chute de 16% et le court métrage de 4%.

Doit-on y voir un déport des crédits « salle » au profit des écrans de plus petite taille ? Une volonté des collectivités de soutenir des formats plus facilement exportables ? Ou tout simplement s’agit-il d’une année singulière qui a remis de nombreuses cartes à plat ?

Plus simplement, on peut y voir la volonté de préserver les filières régionales à l'aune d'une situation de crise dont la sortie peine à être visible pour les prochains mois.

Autant de questions auxquelles l'étude des chiffres 2021 devra apporter ses éclairages.