1 - Les tendances de l’année 2019

Un document d'observation et d'analyse rédigé à partir de la liste des 2125 aides accordées en 2019 par l'ensemble des collectivités territoriales, soit 34(*) collectivités  en tout (17 Régions, 11 Départements, 1 Euro-métropole (Strasbourg), 1 Métropole (Aix-Marseille-Provence / Conseil de territoire Pays de Martigues), 3 Villes (Toulouse, Nice et Paris) et la structure privée Auvergne-Rhône-Alpes Cinéma).


(*) Les données de 33 collectivités sont analysées ici, le Département de la Sarthe n’ayant accordé aucune aide. 


2019 : une nouvelle année au plus haut
pour les soutiens des collectivités au cinéma et à l’audiovisuel

 

L’intérêt de l’étude menée depuis des années est la mise en perspective des données chiffrées et des évolutions des soutiens apportées par les collectivités. Nous évoquions déjà une année record tant en termes de crédits que du nombre de projets soutenus. Et d’envisager une progression désormais logarithmique ; il n’en est rien. Avec 2125 aides (+4,22%) et plus de 83 M€ de crédits (+4%), jamais l’investissement des collectivités n’avait été porté à un tel niveau, signe de l’engagement pérenne des régions et des quelques départements encore présents dans cette étude basée sur les chiffres 2019. Sur ce dernier point, il est important de préciser que le retrait, année après année, du nombre de départements du cadre de notre étude, ne signifie pas pour autant un repli des crédits. Au contraire, entre 2018 et 2019, 10 départements (les Côtes d’Armor n’apportant plus de soutien mais la Gironde lui succédant) ont abondé quelque 134 projets (contre 115 en 2018) pour un soutien de 4,17 M€ (+10,65%).
Quant aux crédits accordés dans le cadre des COM, ils progressent également avec une volonté manifeste de mieux accompagner les projets : 144 aides (contre 160) mais un budget en hausse de 12,5% (2,02 M€).

83 M€, 2125 aides : 5 années de hausse ininterrompue

En abondant à hauteur de plus de 83 M€ leurs investissements, les collectivités, tous échelons confondus, affichent un engagement sans faille dans le soutien au cinéma et à l’audiovisuel. Si on regarde la courbe entre 2016 et 2019, ce sont près de 20 M€ supplémentaires qui ont été injecté en augmentation de plus de 35% ! Quant au nombre de projets soutenus, ils passent de 1617 en 2016 à 2125 trois ans plus tard, soit 31,4% de croissance.
Certes, on pourra avancer que la progression semble marquer le pas – 4% d’augmentation étant une croissance mesurée – mais le fameux « plafond de verre » que nous évoquions n’a plus cours. Nous devrions plutôt parler d’une structuration des soutiens dans la mesure où la moyenne des soutiens est d’une grande stabilité entre 2018 et 2019 aux alentours de 39 000 €, malgré des aides plus nombreuses.

16 collectivités augmentent leurs crédits

L’un des enseignements de cette étude est l’augmentation (ou le maintien au même niveau) des crédits pour 16 collectivités. Avec l’arrivée de la Martinique (325 700 €), de la Gironde (90 000 €) et du Conseil de Territoire Pays de Martigues (100 000 €), ce sont 3 collectivités qui font preuve d’un investissement supplémentaire en faveur de la création cinématographique et audiovisuelle.
La plus forte progression régionale est à mettre à l’actif de la Bretagne qui, avec 24,5% de croissance, atteint 4,33 M€ de crédits, suivie par Auvergne-Rhône-Alpes (+21,1%), Bourgogne-Franche-Comté (+19,9%), la Normandie (+15%) ou encore les Hauts-de-France (+14,1%). Côté départements, la Charente, après une année de repli, revoit ses crédits à la hausse (+25%) pour atteindre le seuil des 2 M€, ou encore le Lot-et-Garonne (+25%).
Contrairement à ce que nous avions noté dans l’étude portant sur les chiffres de 2018, ce ne sont pas les fonds les plus importants qui ont augmenté en 2019 leur ligne de crédits mais plutôt des régions qui, depuis quelques années, avaient sensiblement baissé leurs investissements.
Difficile de prévoir les futurs investissements mais on peut tout de même avancer l’hypothèse de fonds majeurs se structurant et de fonds régionaux moins « importants » remontant à un niveau plus homogène.

Belle vitalité pour l'échelon départemental

L’absence des Côtes d’Armor dans notre étude est, cette année, contrebalancée par l’arrivée de La Gironde. Les 10 départements comptabilisés en 2019 soulignent la persistance du soutien au cinéma et à l’audiovisuel à cet échelon.
Hausse des crédits à 4,17 M€, hausse du nombre de projets soutenus (134), les départements restent ambitieux dans leur soutien, après une année 2018 déjà positive. Le premier d’entre eux, la Charente, partenaire indéfectible de l’animation, affiche un fonds de 2 M€. Trois présentent des crédits stables (Drôme, Haute-Savoie et Seine-Saint-Denis) et seuls deux affichent une baisse comprise entre 15% (Dordogne) et 26% (Landes).
À eux seuls, ils représentent 5% des crédits globaux et 6,3% du nombre d’aides.
Soulignons une nouvelle fois la force de l’infra-régionalité opérée en Nouvelle-Aquitaine : la région, déjà dotée d’un fonds de soutien important, est confortée dans sa stratégie par la présence de 6 de ses départements dans l’étude. En additionnant ces fonds, la Nouvelle-Aquitaine (région plus départements) atteint la somme de 11,3 M€.

Toujours plus d'intérêt pour le cinéma, l'audiovisuel poursuit son recul

Avec 48,1 M€ des crédits globaux, les soutiens apportés au cinéma sont en progression de 7,48% pour la troisième année consécutive. Inversement, avec 34,9 M€, les crédits audiovisuels restent stables (-0,45%) mais après deux années de progression importantes. Le point d’équilibre évoquée en 2017 et qui avait déjà été remis en cause dans notre étude précédente, perd encore plus en 2019 sa pertinence.
À contrario, il faut noter une augmentation homogène du nombre de projets soutenus tant dans l’audiovisuel, passant de 1201 à 1245, que dans le cinéma (838 versus 880).


Écriture et développement : +7% de crédits en 2019

719 aides pour un montant de 6,9 M€ ont été accordés à des projets au stade de l’écriture (329) et au développement (390) dont 55% pour des projets cinéma et 44,94% pour des projets audiovisuels. La ventilation des crédits entre Cinéma et Audiovisuel est inchangée ; pour autant, il faut saluer l’engagement en hausse des collectivités : +6,5% du nombre de projets aidés, +6,9% des crédits.
11 régions ont augmenté leurs crédits pour les aides à l’écriture et au développement ce qui est un indice important sur l’attention portée à ce stade qui permet, dans de nombreux cas, de garantir la venue du tournage en lien avec le projet soutenu. La Guyane fait un bel effort en augmentant ses crédits de 106%, tout comme Grand-Est (+43,1%). 4 départements ont apporté des crédits aux projets en stade d’écriture et développement dont, notamment, la Charente-Maritime (+100%), la Charente (+74,5%) ou encore la Drôme (+66,7%).

48 M€ : le long métrage de plus en plus prisé, le court au plus haut 

Avec 39 239 797 € de crédits, 2019 marque une année record pour le soutien au long métrage en progression de 7,6%. Il s’agit de son niveau le plus haut avec 5 M€ de crédits supplémentaires depuis 2017, année où la hausse avait été la plus forte (+13,5%).
Si l’on intègre les chiffres du court métrage (8,9 M€, +6,6%), on obtient une somme de crédits en faveur de la création cinématographique de plus de 48 M€, battant ainsi son propre record de l’an passé avec une croissance de 7,4% en 2019.

Année phare pour le documentaire : 13,3 M€

En affichant des crédits en hausse (pour la quatrième année consécutive) pour atteindre 13,27 M€, le documentaire est le genre qui progresse le plus dans notre étude (+13,09%). Soutenus par 21 collectivités (un chiffre constant), 762 projets ont obtenu un soutien moyen de 17 424 €, en hausse sensible de 9,8%.
Il faut cependant minorer cette embellie par une baisse importante du soutien au documentaire dans le cadre des COM. En 2018, il y avait eu 112 projets soutenus, 85 seulement en 2019. Quant aux crédits, ils passent de 1,21 M€ à 1 M€, en repli de 13,4%.

-22,5 %de crédits pour l'animation

C’est l’un des points marquants de l’étude : le recul de 22,5% des crédits accordés à l’animation en 2019, avec 1,66 M€ de moins pour atteindre 5,73 M€. Après deux années de forte croissance (+39,5% en 2015 puis en 2017), le recul de 22,5% est une inflexion majeure alors que plusieurs pôles territoriaux ont émergé dans le même temps. La série recule de 22,1%, l’unitaire de plus de 27%.
Autre indicateur important, la moyenne de montant passe en un an de 68 466 à 44 770 € - un recul de 34,6% !


Fiction TV : recul des investissements confirmés

Si la fiction TV avait fait l’objet en 2016 d’une attention plus que remarquée (+44% des crédits !), depuis 2018, la baisse ne fait que se confirmer avec 11,35 M€ de crédits en 2019. Elle est, certes, moins forte que l’année précédente (-10,2% en 2018, -1,2% en 2019) mais confirme un intérêt plus mesuré pour le genre de la part des collectivités.
L’unitaire progresse de 11,6% dans ses crédits à 3,88 M€ tandis que la série, pour sa part, enchaîne sa deuxième année consécutive de repli : -15,2% en 2018, -6,78% en 2019 (7,46 M€). 150 aides ont été allouées contre 163 en 2018.


Contrat d'Objectifs et de Moyens : une année constrastée

160 projets ont reçu 1,8 M€ de crédits de la part de 6 régions en 2018 dans le cadre des COM. Un an plus tard, les chiffres sont contrastés : une région est sortie de notre champ d’étude (la Corse), 144 projets ont été soutenus (16 de moins) … mais les crédits ont augmenté pour dépasser le seuil des 2 M€.
Le recul est manifeste sur les soutiens aux nouveaux médias (-70% à 15 000 €), au documentaire (-13,4%) ; a contrario, l’animation enregistre une croissance de 79,4% des crédits mais pour un montant de 165 651 € seulement. Les fonds à destination de projets de fiction bondissent de 163% pour atteindre 450 350 €. C’est un élément notable qu’il conviendra de suivre l’année prochaine afin de déterminer s’il s’agit d’une évolution conjoncturelle ou une stratégie à moyen terme de la part des collectivités signataires de ces COM.

En guise de conclusion

En écho à notre conclusion de l’étude 2019, l’émergence d’un tissu de plus en plus homogène de régions apportant un soutien fort au cinéma et à l’audiovisuel est ce qu’il faut retenir cette année. Les « super grandes » régions font progresser peu ou prou leurs crédits et les autres affirment leurs positions en confirmant leurs engagements. Bien que de plus en plus restreint, le nombre de départements reste stable et, surtout, leurs investissements progressent. Reste à déterminer si cela participe de projets opportuns ou de réelle stratégie. Les régions signataires des COM amorcent en 2019 un virage vers la fiction qui n’était pas, de prime abord, évident, au détriment du documentaire.
Par ailleurs, la fiction TV, longtemps sujet de toutes les attentions, semble un peu moins prégnant dans la stratégie des collectivités. Le recul net des soutiens à l’animation – dans un contexte paradoxal de structuration de la filière au travers de pôles régionaux – est à étudier de près pour confirmer ou infirmer, lors des prochaines études, cette inflexion.
Enfin, la baisse substantielle des soutiens apportés à l’animation en 2019 (-22,5%) inquiète énormément. Les crédits régionaux étant reportés normalement année après année à l’identique pendant toute la durée des conventions de partenariat CNC/État/Région, cette baisse soudaine -intervenant avant le terme des conventions triennale 2017/2019 - soulève de nombreuses questions. Cette diminution des crédits résulte t’elle de choix politiques assumés ou au contraire d’une diminution du nombre de projets déposés ? Quelle que soit la réponse, le constat demeure le même : le nombre de projets soutenus en animation diminue. Alors même que ce format s’avère très structurant pour les producteurs régionaux, hors Ile de France, ces chiffres confirment que l’animation pâtit actuellement d’un contexte global très peu favorable à son développement : fermeture de France 4 et un nombre de projets très faibles soutenus aux commissions sélectives du CNC : seulement 7 court métrages soutenus et accompagnés à l’aide avant réalisation, en 2019 (soit 9,5% des projets soutenus) et seulement 6 longs métrages d’animation à l’avance sur recette en 2019, dont 2 après réalisation (soit seulement 9% des projets soutenus) .
Si ces éléments n’expliquent probablement pas à eux seuls la baisse des projets d’animation soutenus et financés par les collectivités territoriales en 2019, ils nous renseignent néanmoins sur la situation fragile de ce secteur, nous offrant également des pistes d’explications et d’éclaircissements possibles. Aussi, c’est en ayant conscience de cette fragilité que les renégociations des collaborations CNC/État/Région devraient pouvoir être aujourd’hui menées pour les trois prochaines années.